Mais ceux qui espèrent en l'Éternel renouvellent leur force. Ils prennent leur vol comme les aigles; Ils courent et ne se lassent pas. Ils marchent et ne se fatiguent pas. (Esaïe 40:31)

           
            

Aspect légal

Les commissions scolaires :
entre le droit et l'ingérence       

      3) L’évaluation

Les deux articles précédents nous ont permis de comprendre que des politiques et règlements internes établis par une commission scolaire n'ont pas force de loi. Nous avons constaté que nous pouvons nous en tenir à l’article 15(4) de la Loi sur l’instruction publique traitant de l’enseignement à la maison, en misant sur une interprétation favorable aux parents. Ces derniers sont les mieux placés pour faire des choix éclairés en matière d’éducation pour leurs enfants, y compris la démarche évaluative. Ce troisième article détaillera donc l’aspect «évaluation».

Tout d’abord, rappelons-nous l’article 15(4) de la Loi sur l’instruction publique du Québec :

Dispense

15. Est dispensé de l’obligation de fréquenter une école l’enfant qui :

4° reçoit à la maison un enseignement et y vit une expérience éducative qui, d’après une évaluation faite par la commission scolaire ou à sa demande, sont équivalents à ce qui est dispensé ou vécu à l’école. (En anglais, le libellé est plus large. On parle de «by or for the school board» ce qui signifie par ou pour la commission scolaire.)

L’évaluation : qui ? quoi ?

Qu’est-ce qui est sujet à évaluation ? L’enseignement dispensé et l’expérience éducative ou les apprentissages ? Habituellement, la plupart des administrateurs scolaires s’entendent pour dire qu’il est question d’évaluer les apprentissages de l’enfant. Par contre, certains d’entre eux veulent aussi «évaluer» le programme d’enseignement, le matériel didactique et parfois même les parents ! D’autres insistent pour que les enfants se présentent aux épreuves en milieu scolaire, de une à quatre fois par année, parfois aux frais des parents: entre 15$ et 40$ par examen et par enfant ! Qui donc doit évaluer les enfants ? Afin de mieux se situer à cet égard, il importe de connaître plus précisément ce qu’est l’évaluation.

Le petit Robert définit l’évaluation comme suit : «porter un jugement sur la valeur, le prix de.»

Il est donc évident qu’un examen à l’école n’est pas le seul et unique moyen de porter un jugement sur la valeur des apprentissages d’un enfant.

L’évaluation en milieu scolaire : à éviter !

En effet, pensons-y : est-ce de la bonne pédagogie de faire passer un examen à un enfant dans un milieu qui lui est étranger, entouré d’autres enfants qu’il ne connaît peut-être pas et qui ont le regard rivé sur lui ? (Mon garçon en a fait l’expérience.) Pourra-t-il suivre correctement les consignes données par un professeur qu’il ne connaît pas et qui n’utilise probablement pas la même terminologie et/ou formulation de phrases que celles de la maison ? Et que dire des directives écrites ? Je me souviens de ma fille, qui avait alors huit ans, en larmes devant un examen (heureusement administré à la maison !) : incompréhension totale des petits dessins qui devaient représenter des équations mathématiques : c’était à elle de les trouver ! Moi non plus je n’arrivais pas à les comprendre (peut-être aurais-je échoué l’évaluation prévue pour les parents !) ?

La façon dont on travaille à la maison ne peut être mesurée à ce qui se fait à l’école. Les consignes verbales, les directives écrites, en plus de l’expérience antérieure de l’enfant, son tempérament, son âge, etc., sont tous des facteurs à considérer. De plus, les familles optant pour un programme d’études intégrées, où tous les enfants travaillent sur un même thème mais chacun à son niveau d’habileté, ne peuvent suivre la voie de l’évaluation traditionnelle. En effet, leurs enfants seraient confrontés à des sujets qu’ils n’auraient pas étudiés cette année-là.

Si, pour vous, des examens à l’école ne posent aucun problème, considérez tout de même la portée d’un tel geste. La plupart des parents qui choisissent d’enseigner à leurs enfants ne sont pas intéressés à ce qu'un précédent soit établi. Parmi les auteurs expérimentés de l’école à la maison en Amérique du Nord, nombreux sont unanimes à dire que, dès que nous ouvrons la porte à des compromis dans la négociation avec l’administration scolaire - dans l’espoir de concilier les deux parties -, il y aura toujours des familles qui s’en trouveront forcément lésées, puisqu’il y a autant de façons de faire l’école à la maison qu’il y a de familles.

L’idéal : le portfolio

Il est recommandé de présenter à l’administration scolaire un portfolio (ou échantillonnage des travaux effectués) et des activités qui ont lieu durant l’année scolaire. On raconte l’histoire d’une mère de plusieurs enfants arrivant dans le bureau d’un directeur d’école avec une ou deux boîtes pleines de pièces à conviction ! Prenez des photos, faites des montages, écrivez dans un journal ou faites écrire par vos enfants plus autonomes tout ce que vous faites. Tout ce que l’on entreprend pour la première fois, jusqu’à ce que ce soit maîtrisé, est un apprentissage (incluant faire du pain, la lessive, le jardin, etc.). Le portfolio est appelé à être le moyen par excellence pour évaluer les apprentissages dans le cadre de la réforme actuelle en éducation.

Les tests normalisés : très appréciés

Une autre forme d’évaluation à laquelle plusieurs familles ont recours est celle de tests normalisés, mieux connus dans les milieux anglophones (Standardized Testing). Le Test de rendement pour francophones (TRF) est un outil conforme aux exigences et aux pratiques d’évaluation des programmes de formation à l’échelle nationale avec des normes précises pour le Québec. Le TRF est conçu pour les élèves de la 3e année au secondaire V. Il indique comment un élève réussit en comparaison avec d’autres élèves du même niveau scolaire au Québec. Il est un bon outil pour les parents et il s’administre par correspondance. Il permet aux parents d’évaluer les forces et les faiblesses de leurs enfants et de redéfinir leurs objectifs en fonction de leurs besoins.

Le TRF, ainsi que d'autres services d'évaluation (difficultés spécifiques d'apprentissage, élèves surdoués, etc.) sont disponibles auprès de «La Clinique neuropsychopédagogique»   www.wisechoiceeducationalservices.com.

Une évaluation faisant preuve de sérieux

Pour toute évaluation dont vous voulez conserver les résultats «au cas où», il est fortement recommandé de retenir les services d’une tierce personne en dehors de la famille immédiate, et diplômée en enseignement au Québec. Évidemment, cette personne sera favorable à l’école à la maison et saura mettre votre enfant à l’aise dans une situation d’épreuve formelle. Ce professeur peut aussi parcourir un portfolio et vous fournir une lettre d’attestation pour la commission scolaire.

En cas d’embûche

Que faire si vous rencontrez des obstacles face à vos choix en matière d’évaluation ? La marche à suivre est la même que pour toute négociation avec la commission scolaire. Nous vous référons donc au deuxième de cette série d’articles : Négociations avec l’administration scolaire.

Nous ne réitérerons jamais trop l’importance d’adhérer à la Home School Legal Defense Association of Canada (Association canadienne pour la défense des droits des parents enseignant à la maison) par solidarité et pour une tranquillité d’esprit. Il y a du travail à faire pour que les commissions scolaires ne nous imposent pas leur interprétation de l’aspect «évaluation». Ces deux dernières années, la HSLDA a beaucoup travaillé dans ce sens au nom de ses familles-membres et, jusqu’à présent, avec succès. Serrons-nous les coudes et travaillons ensemble !

 Lire la conclusion «La Direction de la protection de la jeunesse».

Pour d'autres informations sur ce sujet :

La position de l'ACPEQ

 Lire aussi :

Extraits des «Communiqués»

Obligation de programme versus liberté de conscience et de religion

Démarches auprès du MELS

Ce que la loi dit... et ce qu'elle ne dit pas !

Deux concepts et deux perspectives : l’école à la maison vs l’école-maison